Gastro-astronomie

L’astronomie et la gastronomie semblent, à première vue, appartenir à des univers très éloignés. Pourtant, elles entretiennent de nombreuses relations, à la fois historiques, culturelles, symboliques et scientifiques. D’ailleurs, on utilise parfois, dans le lexique de la gastronomie, le langage cosmique : œufs « en neige », île flottante, soupe d’étoiles, perles lunaires, galaxie de saveurs. En pâtisserie, on parle même de constellations d’arômes ou d’équilibres gravitationnels entre les goûts.

Dans tous les cas, ma pratique de l’astronomie a nourri mon imaginaire de cuisinier du dimanche. C’est la raison pour laquelle je me suis tourné vers la cuisson solaire ! J’ai débuté en me construisant un four solaire rudimentaire dans une caisse en bois (50 × 40 × 30 cm intérieurs), avec une surface réfléchissante métallique et du verre. L’idée était bien d’utiliser le potentiel calorifique du rayonnement lumineux, selon un principe assez semblable à celui d’une loupe, pour la cuisson des aliments. Je m’étais inspiré de la construction de David Mercerau :

Pour autant, mes premiers tests ont été décevants. La montée en température restait limitée à 105 °C après 35 minutes, et la capacité de cuisson était contrainte à deux personnes. L’isolation thermique de la zone de cuisson n’était pas optimale, et la surface de chauffe trop restreinte. Le contenant de cuisson avait également son importance : une surface externe noire semblait plus efficace (une marmite en acier émaillé est idéale). Il faut dire aussi que mes premiers tests ont été réalisés dans le nord de la France, avec un nombre de jours ensoleillés limité pour une exploitation satisfaisante de mon bricolage !

Afin d’augmenter considérablement la puissance de mon cuiseur solaire, je me suis tourné vers les appareils de fabrication française, de chez Solar Brother et plus particulièrement le modèle SUNGLOBE® qui permet une montée en température à 180° (le site du constructeur annonce entre 200° et 240°…).

Ce four solaire parabolique d’un mètre de diamètre reçoit les rayons du Soleil sur des miroirs réflecteurs souples, qui concentrent la lumière sur la marmite située au centre du four. Ce type de four solaire nécessite une réorientation toutes les quinze minutes, compte tenu du déplacement apparent du Soleil. Il est à noter la présence d’une mire très pratique pour le suivi, utilisant l’ombre d’une croix en trois dimensions, évitant ainsi de regarder directement en direction du Soleil.

Quelques précautions d’usage sont toutefois nécessaires. D’un poids de seulement 6 kg, le four est sensible au vent ; il est donc important de lester les pieds. Il convient également de pivoter la parabole en position de « fermeture », à l’opposé du Soleil, une fois la cuisson terminée, ou de la placer à l’ombre. Enfin, il est utile de ranger le four après utilisation : même si la structure est en acier inoxydable, je ne suis pas convaincu de sa durabilité face aux intempéries.

Une construction DIY est bien entendu possible. De nombreux exemples sont disponibles en ligne ; celui-ci est remarquable :

Pour ce qui est de la cuisson en elle-même, il est indispensable d’utiliser un plat de cuisson en acier fin et de couleur noire ! Les autres récipients, de couleur blanche, en inox ou en fonte, ne sont pas efficaces. Idéalement, il est préférable de cuisiner entre 10 h et 14 h, pour des raisons évidentes. Il est à noter que l’utilisation du four solaire est efficace aussi bien en été qu’en hiver ! La cuisine se fait donc sans combustible, mais avec un thermomètre à sonde 😉

Toutes les recettes sont possibles : légumes, poissons, viandes, gâteaux… Pour ma part, je n’ai pas testé la stérilisation des bocaux… Le site Solar Brother propose d’ailleurs de nombreuses recettes adaptées. Je vous invite aussi à lire le livre de Lucie Le Guen « Cuisine low-tech, c’est bon et créatif ».

Au final, observer les étoiles et déguster une préparation culinaire demandent de la lenteur et de l’attention ! Astronomie et gastronomie sont deux arts du temps long et de l’émerveillement.